« Parti par la porte du cœur »

Publié le par Sébastien Delsanne

Quand le cercueil d’acajou où repose le roi Baudouin sortit lentement du Palais, des milliers de Belges ont dû penser ce que l’abbé de Rancé, réformateur de la Trappe, écrivait au Grand Siècle : « Les homme partent de la main de Dieu, il les confie au monde pour peu de moments ; lorsque ces moments sont expirés, la mort s’avance, et l’on touche à l’éternité dans tous les instants de la vie ». Cette éternité, quelle bouleversante image l’a représentée que cette formidable tache de lumière : la reine Fabiola tout en blanc.

La mort s’avance… Mais pas seulement la mort. Comment oublier cette longue descente vers la cathédrale Saint-Michel , non seulement de ma Famille royale, mais de tant de chefs d’Etat, depuis l’Empereur du Japon, mythique descendant du Soleil, jusqu’à Vaclav Havel, surgi de la nuit des geôles pour mener le combat des droits et de la liberté des hommes. Et toutes ces grandeurs suivant à pied la dépouille d’un souverain si discret d’un pays si petit sur la carte du monde, n’était-ce pas un authentique hommage à des vertus qu’ils avaient pu apprécier dans l’intimité de leurs rencontres ?

A la cathédrale, les premiers mots de la cantate de Bach « Jésus, ma Joie » résumaient tout ce que la Reine a voulu faire entendre et comprendre. Mais il faut y ajouter les lectures que firent deux princes, les chansons qu’interprétèrent deux artistes de variétés, et des témoignages sur les préoccupations du couple royal.

L’admirable homélie du cardinal Danneels fut un autre moment extraordinaire. L’archevêque dit de Baudouin conçue par lui comme un don au service des hommes. La souffrance qui fut « la compagne de sa vie ». L’amour qui l’habitait. Et puis, allant plus loin qu’on ne pouvait s’y attendre, ces phrases prononcées d’une voix égale mais ferme : « Dans chaque visage humain qui se présentait à lui, il discernait le visage du Christ. Un jour viendra, sans doute, où ce secret, ce mystère du roi Baudouin, sera dévoilé : je l’espère. Alors le monde entier portera la main à la bouche d’étonnement. Comme le centurion sous la Croix, les hommes diront : vraiment, cet homme était un juste. ».

Que ces deux derniers mots résonnent doucement dans le silence de nos cœurs. Il n’y a rien à ajouter.

 

Edition spéciale de la Libre Belgique du dimanche 8 août 1993, « Le mystère du roi Baudouin »

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Publié dans Histoire

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