Fausse sortie de crise
Le 21 juillet dernier, l’on nous jugerait que l’accord trouvé entre les Chefs d’Etats et de gouvernement de la zone euro permettait d’éviter à la Grèce la faillite et sauvait ainsi la zone euro. Nombreux furent ceux qui en doutèrent, j’en faisais partie, et force est de constaté que nous n’avions pas tort. Le sommet qui s’est tenu mercredi dernier la prouvé.
Prenons garde aux apparences trompeuses et ne tombons pas dans un excès d’optimisme. La situation est grave et les décisions prises ne sont qu’une rustine. Je vais tenter de m’en expliquer brièvement.
La Grèce
Il faut d’abord tordre le coup à cette idée fausse que l’on a réduit la dette grecque de 50%. Ce qui a été réduit c’est la dette contractée auprès de créanciers privés (les banques) a auteur de 50% soit 100 milliards d’euros certes mais qui ne représentent que 25% de la dette totale de la Grèce.
Ce qui ne résout que peu de chose. Primo, il faudra 8 ans à la Grèce pour revenir à un endettement équivalent à 120% de son PIB, ce qui va contraindre le pays à subir une austérité dévastatrice pendant plus d’une décennie. Secondo, cela ne règle en rien le problème fondamental grecque : celui de sa compétitivité avec l’économie allemande.
Dès lors deux possibilités s’offrent : des investissements dans ce pays ou la dévaluation c’est-à-dire la sortie de la zone euro et le retour à la drachme.
Comme le soulignait il y a deux jours dans Le Monde Jacques Sapir « l'ampleur de ces investissements dépasserait de très loin ce qu'il nous faudrait payer par ailleurs pour maintenir ces pays à flot dans la crise de la dette. Donc nous sommes renvoyés à la deuxième possibilité : ces pays doivent dévaluer, et pour cela ils doivent sortir de l'euro. ».
La sortie à moyen terme de la Grèce de la zone euro ne fait guère plus l’ombre d’un doute et ce malgré la réaffirmation par le Conseil Européen du principe de solidarité entre les Etats possédant la monnaie unique.
La réalité est là : la Grèce ne pourra jamais rembourser sa dette.
La rigueur plutôt que la croissance
Le choix économique effectué par les Chefs d’Etats et de gouvernements mercredi dernier , c’est celui de la rigueur. Ce choix n’est pas le bon, il est même à l’ opposer de ce qu’il convient de faire.
La rigueur cela signifie quoi ? Des hausses d’impôts qui pèsent sur le pouvoir d’achat des ménages et donc sur leur consommation, des diminutions d’investissements, moins d’épargne , des salaires au mieux gelés etc … en d’autres termes cela éteint l’un des deux principaux moteurs de la croissance économique : la consommation.
Quant au second moteur qu’est l’investissement il sera également éteint : les ménages consommant moins, les entreprises verront leurs recettes diminuées et donc elles ne pourront investir. Par ailleurs, leur impôts seront augmentés.
En bref, la politique économique choisie va saigner à blanc notre économie en faisant flamber le chômage, diminuer la consommation et l’investissement ce qui revient à tuer la croissance dans l’œuf. L’effet final consistera à non pas diminuer l’endettement de nos Etats mais à l’augmenter tout en diminuant l’investissement public.
Pourquoi la croissance économique est-elle importante ? Parce d’abord elle permet de l’activité économique, c’est-à-dire de la création d’emplois et de richesses. Un Etat tout comme une famille ne rembourser ces créances que si elle perçoit plus de revenus, c’est-à-dire que si elle travaille plus.
C’est donc bien le choix de la croissance économique pour la zone euro qu’il s’agissait de prendre. C’est d’ailleurs la seule porte de sortie viable.
L’absence de décisions courageuses
Soyons clair : l’accord trouvé mercredi c’est la victoire de la position allemande, qui a certes des mérites mais qui doit également être adaptées aux réalités économiques et budgétaires européennes.
Ainsi, l’on a empêché la BCE d’avoir les mêmes outils à sa disposition que la FED ou la Banque d’Angleterre en ne lui adossant pas le FESF. Tout comme il lui fut refuser la capacité de monétiser la dette des états (la racheter).
La création d’Eurobons qui résoudraient beaucoup de nos problèmes a également été balayé d’un revers de la main.
La zone euro persiste donc dans une politique qui ne marche pas : celui du sauvetage plutôt que celui d’une politique plus réactive , plus active et plus ambitieux qui passe sans conteste par une intégration économique des pays de la zone euro beaucoup plus forte.
Au fond, ce qui manque à l’Europe d’aujourd’hui c’est un véritable projet politique. Malgré toute l’énergie déployée par Nicolas Sarkozy à propos du Traité de Lisbonne, l’Europe est aujourd’hui en panne et nous en payons les conséquences.