Sarkozy : les jeux sont faits ?
A moins de 100 jours de l'élection présidentielle, les sondages se suivent, se ressemblent et ne démentant jamais une même tendance : Nicolas Sarkozy est largement battu au second tour par François Hollande.
Les jeux en sont-ils pour autant fait ? Tout est-il déjà plié ? Certainement pas, 3 mois de campagne c'est long, et des accidents peuvent encore avoir lieu.
On peut néanmoins s'interroger sur la stratégie déployée par le Président-candidat non déclaré déjà en campagne.
Sur la forme, il n'y a rien d'étonnant à cette drôle de campagne menée par Nicolas Sarkozy : avec lui toutes les lignes sont brouillées et les frontières s'estompent. Elles s'estompent depuis toujours entre l'homme privé et l'homme publique, elles n'ont jamais été mises entre le Président et le candidat (ce qu'il n'a jamais cessé d'être durant son quinquennat).
Sur le fond, c'est beaucoup plus problématique, plus inquiétant. Cela relève quasiment de l'erreur politique tant les révérenciels utilisés pour une déclaration tardive de candidature sont erronés.
Nicolas Sarkozy le répète à l'envie : Mitterrand en 1988 et Chirac en 2002 se sont déclarés très tardivement. C'est vrai. Mais leur situation était très différente.
Tout deux étaient en cohabitation. Cela fait une grande différence. Ce qui implique qu'ils ne devaient pas porter de bilan, que bien qu'à la tête de l'Etat leurs formations étaient dans l'opposition parlementaire. En somme, ils n'étaient pas les hommes du passif et avaient tout le loisir d'être uniquement force de propositions tout en tirant à bouler rouge sur le bilan de la majorité parlementaire.
Par ailleurs, leurs troupes n'étaient pas usées par deux législatures consécutives au pouvoir.
C'est tout l'inverse pour Nicolas Sarkozy qui n'a pas fait sauter le verrou qui lui aurait permis de se refaire une fraîcheur, c'est-à-dire changer de Premier Ministre en cours de mandat.
Sa situation, comme son style présidentiel d'ailleurs, se rapproche beaucoup plus de celui de Valery Giscard d'Estaing en 1981. Comme lui, Nicolas Sarkozy est l'homme du passif dont le mandat fut perturbé par des crises financières et économiques doté d'une majorité à bout de souffle par près d'une décennie de pouvoir.
Et comme lui, au contraire de Mitterrand ou de Chirac, il n'a donc pas connu l'alternance politique au cours de son mandat.
Si l'on rajoute à cela toute les critiques émissent sur sa politique, sur son inconstance, sur son style présidentiel et j'en passe cela commence à faire beaucoup.
Néanmoins, et malgré tout, il peut encore gagner la présidentielle. Il serait faux et dangereux de croire que tout est plié d'avance. Une campagne c'est tout sauf un long fleuve tranquille. Si la gauche se repose sur ses acquis, sur l'antisarkozysme, elle est sûr de perdre.
Si sa défaite est annoncée comme une évidence mathématique depuis des mois, il ne faut surtout perdre de vue que s'il fut un piètre gestionnaire, il est un excellent candidat. Sarkozy c'est 30 ans de vie politique, fait de hauts mais surtout de bas, de coups durs, de traversées du désert comme après 1995, d'échecs. Il fut huer, banni, rejeter. Il s'est toujours relever. Il est toujours reparti au combat. Et il a toujours gagné.
Cette fois, est peut-être la fois de trop, mais l'on ne peut exclure qu'il n'arrive pas à remporter cette nouvelle bataille.