L'échec européen
Depuis 2008, et singulièrement depuis le début de la crise de la dette souveraine, l’Europe s’est fourvoyée dans la recherche de solutions à court terme alors que les problèmes et enjeux auxquels nous devons faire face nécessitent des réponses au minimum à moyen terme et surtout des réponses aussi bien structurelles que structurantes qui s’inscrivent dans une perspective à long terme.
En somme, par la combinaison de leur manque de courage et de vision, les dirigeants européens ont pris des décisions inefficaces, inefficientes qui ont notamment conduit à saigner des peuples, à faire perdre un temps précieux à notre économie ce qui a des conséquences terribles notamment sur les plus fragiles d’entre nous tout comme sur nos comptes publics et sur notre croissance, à décrédibiliser notre zone monétaire au lieu de la renforcer, à amplifier l’effet boule de neige en lieu et place de l’empêcher allant jusqu’à mettre en péril la construction européenne qui doit aujourd’hui être sauvée comme nos démocraties qui sont gravement menacées par les produits des crises que sont le nationalisme et le repli identitaire.
En d’autres mots, ce n’est pas l’Europe qui a échoué mais ceux qui en ont actuellement la charge et la responsabilité.
Face à la crise de la dette souveraine, les responsables européens ont jusqu’à présent été incapable de prendre la mesure du problème. Dès le départ, il était évident que l’on ne pouvait saigner sans limite le peuple grec, que celui-ci était incapable de rembourser l’intégralité de sa dette. Le courage adossé à un discours de vérité aurait dû conduire à une restructuration de la dette grecque tout mettant en place les moyens et outils nécessaires pour éviter un évènement de crédit. Il aurait fallait il y a un an déjà recapitalisé les banques mais en prenant des participations en leurs seins et notamment des sièges occupés par des représentants publics dans leurs conseils d’administration. Il aurait fallu adosser le FESF à la BCE après avoir renforcer sa capacité d’action et jeter les bases concrètes et fonctionnelles d’un gouvernement économique de la zone euro. Mais ce n’est jamais que quand elle a le fusil braqué sur la tempe que l’Europe actuelle décide sérieusement. C’est là son drame et c’est ce qui explique l’urgence actuelle.
Au-delà de la crise de la dette souveraine, nos dirigeants ont une la folle idée de croire que tout pouvait redevenir comme avant 2008. Avec un cynisme rare, ils ont préféré le statut quo , ils ont préféré faire l’autruche aux changements qui s’imposaient pour éviter que pareilles causes ne produisent les mêmes effets.
Aucune grande décision en la matière n’a été prise. Pas de taxe sur les transactions financières, pas de séparation entre les banques de commerce et les banques d’investissements, pas d’encadrement des revenus des banquiers et des traders, pas de création d’une agence de notation européenne, pas d’interdiction des conflits d’intérêts, pas d’accroissement de la transparence des produits financiers, … L’échec est patent. Il est total.
Pire même, les responsables des gouvernements européens, au premier desquels la France et l’Allemagne, ont réduit dans les faits les institutions européennes à peau de chagrin avec dorénavant comme pièce centrale et unique du jeu : le couple franco-allemand qui certes est nécessaire mais qui a pris une place et une ampleur tout aussi dangereuse qu’injustifiée. La Commission Européenne et son Président est devenue totalement absente, ses propositions sont rares et sont d’une tiédeur glaciale. Le Président du Conseil Européen, Herman Van Rompuy, s’est transformé en notaire du couple franco-allemand ce qui lui vaut d’ailleurs de cumuler tout prochainement la présidence du conseil et celle de l’Eurogroupe. Enfin le Parlement européen, cœur de la démocratie européenne n’est pas non plus à la hauteur de la situation et est plus réputé pour les éclats de voix de Daniel Cohn Benit que pour sa capacité d’action et de proposition.
Et pour couronner le tout, comme si la barque n’était déjà pas assez chargée, l’Europe vient de décapiter l’embryon de politique sociale qu’elle avait en supprimant dès 2012 l’aide financière accordée aux associations tel « Les restos du cœur » alors que les ravages de la crise sur les plus faibles et plus fragiles d’entre nous sont immenses jusqu’à toucher les classes moyennes.
Mais ne nous trompons pas , ce n’est pas moins d’Europe qu’il faut , c’est plus d’Europe et surtout une autre Europe. Une Europe plus confédérale, avec des politiques plus intégrées, avec plus de courage, plus de volonté. Une Europe porteuse d’une autre politique et capable d’assumer ses responsabilités. Une Europe qui fait vivre le projet européen et le rêve qui se trouve en son sein. Une Europe qui protège, une Europe plus juste et plus sociale, une Europe forte et moderne.