Réformer la zone euro pour la sauver.

Publié le par Sébastien Delsanne

A court terme, l’euro n’est pas en danger. Il en va autrement à moyen et surtout à long terme. Il est dorénavant impératif que la zone euro se réforme profondément et que l’intégration de ses états membres soit accrue.

Il faut d’abord en finir avec un mythe calamiteux, une idiotie intellectuelle, une vision tronquée de la réalité. Il existe bien deux Europe qui n’avancent pas sur le même rythme. Il y a d’abord l’Europe des pays de la zone euro et il a ensuite l’Europe des 27.

Ensuite, il faut en finir avec l’hégémonie du couple franco-allemand. S’il est bien un des moteurs de l’Europe il n’est pas le seul. Croire l’inverse c’est comme vouloir faire voler un avion de 4 réacteurs avec un seul en marche. L’Europe ,et à plus forte raison les pays membres de la zone euro, appartient à ceux qui la construisent, elle est le destin commun de tous et tous doivent s’y investir fortement.

Le couple franco-allemand a triplement gravement fauté. Une première fois en déforçant en 2003 le Pacte de Stabilité et de Croissance et ce sous l’impulsion de Jacques Chirac et de Gerard Schroeder. On en voit aujourd’hui le résultat catastrophique. Une deuxième fois depuis le début de la crise de 2008-2009 et plus fortement encore depuis le début de la crise de la dette souveraine. La frilosité d’Angela Merkel combinée à la suractivité inefficace et inefficiente de Nicolas Sarkozy est une catastrophe probablement pire que le mal et débouche sur une impasse dangereuse pour l’euro comme l’on souligné par exemple Jacques Delors, Helmut Kolh ou Helmut Smith . Enfin, c’est la France et l’Allemagne, au mépris de toutes considérations budgétaires et économiques qui ont accroché aux forceps la Grèce à l’euro. Si ce pays à toute sa place dans la construction européenne, son entrée prématurée dans la zone euro fut l’insertion du ver dans le fruit.

Il n’en reste pas moins, qu’il nous faut agir. Assumer nos responsabilités. Aller de l’avant. Bref réformer profondément la zone euro et les mentalités pour sauver l’acquis le plus précieux de la construction européenne. Pour cela , cinq  mesures doivent-être prises sans plus attendre.

1.      Un gouvernement économique européen

C’est la carence la plus grave de la zone euro , l’absence de gouvernement économique et donc de politique économique de la zone euro.

Il est urgent de se doter d’un gouvernement économique européen capable de définir une politique économique commune applicable et appliquée dans tous les états membres tout en permettant à ceux-ci de garder une autonomie suffisante capable de s’adapter aux réalités locales. Il n’est point question de faire ici du jacobinisme ou de dire « la même chose pour tous ».

L’Eurogroupe doit donc être transformé , reformé, refondu. La proposition franco-allemande d’une réunion du gouvernement économique européen deux fois par an est un minimum syndical insuffisant.

2.      Une Présidence stable et forte du gouvernement économique européen

Il faut un Président du gouvernement économique européen. Quelqu’un capable de le gérer, de le coordonner et ce à plein temps.

La passivité de Jean-Claude Junker, et ce malgré ces compétences, dans la crise que nous traversons est gravissime. Le conflit d’intérêt qu’il porte en lui entre l’intérêt européen et l’intérêt de son propre pays n’a que trop duré. Il convient maintenant de choisir quelqu’un d’indépendant, de libre , d’efficace et attaché à temps plein à la tâche. A l’heure actuelle, le meilleur et le mieux placé est Herman Van Rompuy.

3.      Réduire la dette souveraine tout en favorisant la croissance

Je l’ai déjà dit sur ce blog, le meilleur moyen de réduire la dette des états européens est de relancer et de favoriser la croissance. La solution n’est pas de taxer les riches, même si la justice fiscale est un élément essentiel dans une démocratie.

Réduire la dette cela veut dire d’une part revenir au Pacte de Stabilité et de croissance originel et d’autre part changer les mentalités du monde politique.

Il faut en finir avec cette solution calamiteuse qui consiste à « débloquer » des crédits budgétaires à chaque mouvement social, à chaque grogne, à chaque accident conjoncturel. Comme le soulignait à juste titre cette semaine dans Le Point Valery Giscard d’Estaing « il s’agit tout simplement d’une rallonge de la dette ». C’est donc une erreur.

Réduire la dette tout en favorisant la croissance , c’est dépenser moins mais de manière plus efficace et plus efficiente. C’est supprimer l’inutile dans les dispositifs fiscaux. En somme, l’Europe doit arrêter de vivre au-dessus de ses moyens.

Mais il faut être clair, cela sera dur, difficile et pénible . Il nous faut dans ces moments de l’unité. Il n’y a pas d’autre politique possible. Comme le souligne François de Closets dans son livre réquisitoire « L’échéance » , « les jeunes indignés de la Puerta del Sol, les manifestants d’Athènes ou de Londres entretiennent sans y croire l’illusion que l’indignation rend tout possible. Seule la démagogie populiste peut faire miroiter cette autre politique qui du passif ferait table rase, et du futur des lendemains qui chantent. La question de la crise limite dramatiquement les marges de manœuvre et interdit, même au niveau des programmes électoraux, des politiques radicalement opposées. La brutalité des mesures à prendre fera voler en éclat nos oppositions partisanes ».

4.      Harmoniser l’imposition des entreprises

C’est l’autre carence majeure de la zone euro. L’absence d’impôt sur les entreprises fixé au niveau européen et perçu au niveau national. Avec une seule monnaie et dans une économie ouverte et globalisé cette carence est fatale pour notre économie. Elle nous coute cher, notamment en points de croissance et  affaiblit les états de la zone euro qui se font plus concurrence que ne s’entraide.

5.      Instaurer de la réciprocité économique avec nos partenaires

La réciprocité ce n’est pas le protectionnisme. Mais il faut l’admettre, il y a une erreur de jugement grave. Comment comprendre que des produits fabriqués en Europe soient taxés partout où ils rentrent hors de la zone euro alors que l’on fait rentrer sans aucune taxe douanière tous les produits du monde dans notre marché ?

Martine Aubry résume à ce propos la réciprocité de manière totalement juste : « nos marchés doivent être ouverts si ceux des autres le sont. Il n’est pas normal qu’une entreprise chinoise  puisse participer à un appel d’offres en France, mais qu’une entreprise française ne puisse le faire en Chine. Quant aux produits importés, ils doivent respecter des normes sociales et environnementales ». On ne pouvait mieux dire.

 

D’autres mesures doivent évidemment être prises, comme la régulation financière, la lutte contre la spéculation. Mais les mesures énoncées ci-avant sont urgentes à prendre. Elles ne constituent en aucun cas un point d’arrivée , mais une étape cruciale dans la construction européenne en vue de sauver durablement l’euro dont la zone doit être gouvernée selon trois principes : la solidarité, la croissance, l’emploi.

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