Faut-il supprimer les allocations chômages?
Chômage. Un mot qui fait peur et qui est souvent, et à juste titre, lié à « précarité ». C’est aussi un dossier majeur du moment. Un point essentiel du prochain accord socio-économique que les partis engagés depuis le 21 juillet dans la formation d’un gouvernement fédéral devront trancher.
Il convient d’abord de faire un quadruple constat. Premièrement, le chômage touche majoritairement les jeunes et les plus de 50 ans. Deuxièmement, il très fortement présent dans les catégories sociales défavorisées et peu formées. Troisièmement, il existe de fortes disparités régionales en la matière (en juillet 2011, il concernait 7,2% de la population active en Flandre, 20,6% à Bruxelles et 13,4% en Wallonie) et enfin, le retour à l’emploi pour les chômeurs de longue durée (plus de 2 ans) est particulièrement difficile.
Face à ces constats, il convient d’apporter des réponses spécifiques, concrètes alliant efficience et efficacité accrue.
De manière globale, il existe deux moyens pour sortir les demandeurs d’emploi de la spirale infernale du chômage.
D’une part, en les sortants « par le haut » c’est-à-dire par le retour à l’emploi. Cela nécessite d’abord une diminution drastique des coûts du travail, en les transférant sur d’autres bases d’impôts, pour améliorer la compétitivité de notre économie, augmenter l’attractivité de la population active et pour créer de nouveaux emplois. De plus, un mécanisme tel que le Revenu de Solidarité Active tel qu’adopté en France parait judicieux car il garantit à celui qui retrouve un emploi de gagner plus que lorsqu’il était au chômage, ce qui est un minimum.
Il convient également, d’aller plus en avant dans l’Etat social actif tel que développé depuis le début des années 2000 en augmentant la flexi-sécurité c’est-à-dire en un système social conjuguant une grande facilité de licenciement pour les entreprises (flexibilité) à des indemnités longues et importantes pour les salariés licenciés (sécurité). L’important n’est pas tant de défendre des emplois parfois condamnés par le progrès mais plutôt de se préoccuper de la création de nouveaux emplois et de sécuriser les parcours des salariés appelés à changer de métier. C’est de là qu’est né en partie l’intérêt porté au modèle danois et plus généralement pour le modèle scandinave qui repose à la fois sur une perception de la concurrence internationale et du changement technique comme une condition d’améliorer le niveau de vie et sur des politiques actives d’encouragement à l’innovation et au redéploiement des salariés vers les nouveaux secteurs.
A ce titre, la clé majeure est la formation professionnelle qu’il nous faut réformer et améliorer. Réformer, parce que notre enseignement s’est depuis des années nivelé par le bas. Réformer, pour dépasser le clivage intellectuel/manuel qui a conduit à une dévalorisation catastrophique des métiers manuels pourtant indispensables à notre économie. Réformer, pour augmenter la formation professionnelle tout au long de la période d’activité des individus afin qu’elle soit continue.
D’autre part, en sortant les demandeurs d’emplois par « le bas » , c’est-à-dire en les excluant du chômage, soit en les sortants des statistiques. C’est une solution de facilité qui ne répond pas aux défis qu’il convient de relever, cela n’a qu’un effet très peu dissuasif et augmente la précarité, excluant encore un peu plus les chômeurs de la société.
Exclure les chômeurs de l’assurance chômage a pour première conséquence de les transférer vers les CPAS gérés par les communes sans que pour autant les moyens budgétaires nécessaires pour faire face à ces nouvelles demandes ne soient transférés du fédéral vers ce niveau de pouvoir. Ce qui, dans nombres de cas, crée des difficultés budgétaires conduisant un nombre grandissant de CPAS au bord de la faillite.
En même temps, cette solution conduit les allocataires sociaux dans une plus grande précarité, alors que dans notre pays 15% de la population vit déjà sous le seuil de pauvreté, ce qui est en soit inacceptable.
Cette mesure serait par ailleurs un échec quant à la création d’emploi, à l’amélioration du niveau de formation des demandeurs d’emploi tout en créant encore plus de travail au noir qui échapperait donc à l’impôt et qui ne viendrait donc pas contribuer à l’amélioration de la situation budgétaire du pays, que du contraire.
Enfin, il convient, dans le cadre d’un état social actif renforcé, d’améliorer l’activation des chômeurs, l’activation ne voulant pas dire « chasse » mais « soutien » ou « coaching ». Cela passe d’abord par une réforme du FOREM en Wallonie, réforme devenue plus que nécessaire. Ensuite , il convient d’accord plus de moyens aux organes tels ACTIRIS, FOREM mais de manière plus spécifique et plus en fasse avec les réalités régionales auxquelles ils sont confrontés. Dans ce cadre, il est urgent de mettre en place un coaching personnalisé et régulier, d’obliger les demandeurs d’emplois peu qualifié à suivre des formations et ce notamment dans les métiers en pénuries. J’ajoute, que les demandeurs d’emplois refusant de répondre à leurs obligations et de surcroit ceux qui refusent de prendre un emploi devraient être contraints à réaliser des travaux d’intérêts généraux et publics afin de pouvoir continuer à bénéficier d’une allocation chômage non remplaçable par une allocation sociale versée par un CPAS.
La bataille du chômage doit être conduite de manière telle qu’elle améliore les conditions de vies de chacun et par ce biais de l’ensemble de la société. Elle doit permettre d’apporter une plus-value à chaque demandeur d’emplois ainsi qu’à l’ensemble de la collectivité.