Faut-il se réjouir de la libération de Gilad Shalit?
Voici un sujet difficile à traiter tant les passions sont fortes. En parler, c’est être certains d’être catalogué pour un camp ou pour un autre. C’est créer la polémique et être quasi sur de voir les passions se déchainer pour ou contre votre propos.
Il y a comme un diktat qui veut que l’on se taise, que l’on s’abstienne de dire la moindre chose. Des intérêts majeurs sont en jeux et les lobbys, notamment israéliens sont tellement puissant que l’on ne peut se permettre de se les mettre à dos. En homme libre, je refuse toujours de me soumettre à un diktat, quel qu’il soit, tout comme je refuse de tomber dans le populisme ou de propager comme un mouton de Panurge la pensée unique dans laquelle on tente souvent de nous enfermer.
Avant de préciser plus mon propos, je crois utile de préciser que je ne suis ni pro-israélien, ni pro-palestinien. Je me contente d’être un observateur.
La libération du jeune soldat franco-israélien Gilad Shalid, otage du Hamas pendant 1941 jours, est sans la moindre ambiguïté une excellente nouvelle.
D’un point de vue extérieur au conflit israélo-palestinien, il faut noter deux éléments dans cet accord entre le gouvernement Netanyahou et le Hamas : l’Egypte, pourtant dirigée depuis le départ de Moubarak par l’armée, a réaffirmer qu’elle était incontournable dans la région d’une part, et le rôle crucial de la diplomation allemande d’autre part.
Ceci étant dit, cette libération, certes heureuse, soulève de nombreuses questions.
Tout d’abord sur la contrepartie offerte par Israël au Hamas : elle est exorbitante. 1027 prisonniers libérés par Israël dont des terroristes qui ont du sang sur les mains et qui sont accueillis en véritable héros à Gaza renforçant le Hamas au pouvoir qui en avait bien besoin.
Ce qui sur le plan palestinien plusieurs conséquences. Alors que le Président de l’Autorité Palestinienne, un modéré faut-il le rappeler, a été acceuilli triomphalement à son retour de l’Assemblée Générale des Nations Unies, vilipendé par Israël suite à sa demande de reconnaissance d’un Etat Palestinien (comme cela est prévu depuis … 1948) et que le Hamas était de plus en plus fortement critiqué dans la bande de Gaza, le gouvernement israélien vient de le remettre sur les rails, de le galvaniser en lui permettant de valider sa stratégie d’enlèvement et d’actions terroristes. Et cela est une vrai mauvaise nouvelle qui s’accompagnera de surcroit d’une conséquence dramatique pour les palestiniens : la division. Le Hamas étant renforcé et victorieux il n’a plus rien à gagner à s’allier avec le Fatah au pouvoir en Cisjordanie. Ce qui affaiblira par effet de contagion le Président Abbas.
Le Hamas dont la stratégie est légitimée par Israël va donc continuer à enlever des israéliens, continuer à mener des actions terroristes ce qui va permettre au gouvernement israélien d’appliquer sa doctrine traditionnelle qui veut que les palestiniens ne comprennent que la force.
Arrêtons-nous un instant sur cette doctrine qui veut que pour vivre en paix, Israël doit dominer les palestiniens avec comme instrument la puissance militaire. En d’autres termes, l’on ne peut négocier la paix avec les palestiniens. D’une part, cette doctrine empêche au la création d’un Etat palestinien puisqu’on lui ôte par avance sa souveraineté et d’autre part, force est de constaté que malgré sa mise en œuvre depuis des décennies, cette doctrine ne fonctionne pas puisqu’elle n’a pas permis ni de vivre en paix ni de solutionner le conflit.
J’ajoute que cette doctrine est basée sur l’idée qui veut que les arabes en général, et donc les palestiniens, ne peuvent-être gouvernés que par la force. C’est ce qui a prévalu dans nombres de pays et qui prévaut encore dans d’autres comme en Syrie. Mais cette idée a été définitivement anéantie par le printemps arabe et dans un avenir très proche elle ne pourra plus pourra plus être appliquée, les peuples ne l’acceptant plus. Ce qui est une excellente chose.
D’un point de vue interne à Israël , cette libération est un rayon de soleil alors que le pays vit un mouvement de protestation sociale sans précédent. C’est une bouffée d’air pour le Premier-Ministre mais qui sera de très courte durée. Parce qu’il va continuer à affronter la fronde sociale en cours et qu’à brève échéance le terrorisme du Hamas va à nouveau frapper Israël.
Au final, si l’on doit se réjouir de la libération d’un otage, les compensations accordées et les conséquences de celle-ci ne prêtent en aucun cas à l’optimisme.