CARTE BLANCHE : Agir pour notre prospérité

Publié le par Sébastien Delsanne

Deux cent nonante deux jours depuis les élections du 13 juin 2010, il n'y a toujours pas de nouveau gouvernement fédéral. Et il semble que nous devrions nous montrer encore plus patients. Nous sommes en train de battre le record mondial pour former un gouvernement. 292 jours, c'est l'équivalent d'un cinquième de la législature. Ce temps perdu nous ne pourrons le rattraper. Pourtant chaque jour compte. La tâche du prochain gouvernement est gigantesque. Il s'agit d'inscrire notre pays dans un projet d'avenir. Il s'agit de déterminer - pas seulement sur le plan institutionnel - notre modèle de prospérité pour consolider notre position sur le plan international.

Ces derniers mois, les partis associés aux négociations ont débattu exclusivement des réformes institutionnelles. Bien entendu une réforme de l'Etat est cruciale. Notre pays a besoin d'une nouvelle structure plus efficace qui pourra assurer la paix communautaire et la stabilité politique.

Pour cette raison, une réforme de l'Etat doit intervenir dans le cadre du prochain accord de gouvernement. Il est temps, après des années de querelles communautaires, de dépasser nos différends. Mais il nous faut plus qu'une réforme institutionnelle. Le nouveau gouvernement sera confronté à quatre autres défis qui sont au moins aussi importants. Il devra ainsi veiller dans les années à venir à ficeler un budget sain et équilibré, à assurer un meilleur taux d'emploi, à garantir des pensions solides et une justice performante. Il s'agit d'enjeux cruciaux qui appellent d'indispensables réformes.

Le Conseil Supérieur des Finances a récemment publié ses toutes dernières prévisions. Le constat est clair: dans les quatre années à venir, nous devrons combler un déficit budgétaire de près de 18 milliards d'euros. C'est énormément d'argent. Nous devons par ailleurs relever ce défi sans pénaliser notre capacité socio-économique. Une nouvelle approche budgétaire est dès lors nécessaire. Il faudra scruter et réécrire chaque ligne budgétaire. Ce n'est qu'ainsi qu'il sera possible de traquer systématiquement les gaspillages d'argent public et de poursuivre la diminution de la pression fiscale au profit des bas et moyens revenus. L'effort sera important, nous ne pouvons nous y soustraire. Un budget sain est l'un des principaux fondements du maintien, voire de l'amélioration de notre prospérité.

Un deuxième fondement de notre bien être est un taux d'emploi accru. Il faut plus de personnes au travail. Notre pays est, dans ce domaine, en queue du peloton européen. A peine 61% des personnes âgées de 15 à 64 ans sont au travail. Plus d'1,3 millions de personnes vivent entièrement ou partiellement des allocations ONEM. Nous ne pouvons désormais plus nous permettre un taux d'inactivité aussi élevé. D'autant plus qu'au cours des 5 prochaines années, plus de 150.000 jobs resteront vacants faute de candidats aux qualifications requises pour les exercer. Si nous voulons rester en mesure de financer notre sécurité sociale, nous devons l'appuyer sur une base active, plus large et plus forte. Plus il y a de personnes au travail, plus il y a de contributeurs au système et plus nous aurons de moyens disponibles pour aider les citoyens qui en ont vraiment besoin. Nous devrons soutenir ceux qui investissent et créent de l'emploi, miser davantage sur la recherche et renforcer l'offre de formation, l'accompagnement et le suivi des demandeurs d'emploi.

Augmenter le nombre d'emplois doit aussi nous permettre d'assurer le paiement des pensions. La forte croissance du nombre de pensionnés alourdira le coût des pensions à charge des pouvoirs publics au cours des prochaines années. Et cela alors qu'aujourd'hui déjà, un tiers de notre sécurité sociale est financé par la fiscalité et non plus par les cotisations sociales. Nous devons donc agir. L'âge effectif de départ à la retraite doit être relevé, ceci sans toucher à l'âge légal de la pension. Si nous n'intervenons pas, les impôts devront être drastiquement augmentés, ou les pensions drastiquement réduites. Aucun des termes de cette alternative n'est acceptable. Notre pays se caractérise déjà par les impôts les plus élevés et les pensions les plus basses d'Europe. Il n'y a donc d'autre option que de moderniser notre système de pensions.

Une dernière grande réforme qui s'impose à nous est celle de la justice. Il faut mettre fin à l'arriéré judiciaire et au sentiment d'impunité. Une autorité qui ne peut pas garantir une justice efficace ni lutter énergiquement contre la criminalité manque cruellement à ses missions principales.

Ces cinq réformes constituent à nos yeux les priorités d'un nouveau gouvernement. Si nous nous y attelons vraiment, nous replacerons notre pays dans une dynamique positive. Nous mettrons en place des pouvoirs publics plus efficaces, à même de renforcer notre économie et de garantir notre prospérité. Partout en Europe, les gouvernements sont confrontés aux mêmes défis. Notre pays ne fait pas exception. L'avenir du modèle européen de prospérité est en jeu. Si nous n'entreprenons pas ces réformes, nous reculerons tous ensemble.

Nos voisins sont déjà à pied d'œuvre. Les plans de réforme ont été arrêtés en France, en Allemagne et aux Pays-Bas. Les premières mesures y sont déjà exécutées. L'Union européenne vient elle aussi d'indiquer la marche à suivre. Car pour permettre à l'Euro de survivre, les Etats membres doivent corriger leurs fondamentaux économiques et sociaux.

C'est pourquoi nous lançons cet appel. Aussi importante que soit une réforme de l'Etat pour notre pays, cette réforme ne garantira pas à elle seule le maintien de notre prospérité. Il faut plus. Au cours de ces neuf derniers mois, toute l'attention s'est focalisée sur le communautaire. Sans résultat à ce jour. Nous continuons à croire à un accord. Nous sommes convaincus qu'avec le leadership politique qui s'impose, les partis politiques flamands et francophones peuvent dépasser leurs différends.

Mais l'Open VLD et le MR ne veulent plus attendre. Maintenant qu'un cinquième de la législature s'est écoulé, il est grand temps de négocier les quatre autres réformes dont nous avons besoin. En tant que deuxième famille politique du pays, nous posons une question très précise: pouvons-nous enfin parler des emplois de nos concitoyens, de leurs pensions et de leur sécurité ? Tous les partis se sont engagés vis-à-vis de l'électeur à agir en ce sens. Pourquoi attendre plus longtemps?

En appelant à travailler sur le socio-économique, nous entendons également donner une nouvelle dynamique aux négociations. Cela peut contribuer à renouveler la confiance entre les partenaires et déboucher sur un accord. Quelle est l'alternative? Continuer à tourner en rond, sans se soucier des vrais problèmes des gens?

Une chose est certaine, le nouveau gouvernement ne disposera plus de la totalité de la législature. Il aura au mieux 80% de temps utile. Nous ne pouvons nous permettre le luxe d'un travail à mi-temps. Ou pire, jeter totalement le gant. Il y a trop de pain sur la planche. Il faut agir immédiatement pour garantir notre prospérité

Signataires : 

Alexander DE CROO, Président de l'OPEN VLD
Charles MICHEL, Président du MR
Guy VANHENGEL, Vice Premier-Ministre, Ministre du Budget
Didier REYNDERS, Vice Premier-Ministre, Ministre des Finances

(Le Soir du 1/4/2011) 

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Publié dans La crise belge

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