DSK : des zones d'ombres qui alimentent la thèse du complot
L’affaire DSK choque, interpelle, blesse, attriste. L’un des hommes les plus influant du monde montré menotté, présenté devant un juge comme n’importe quel prévenu et ensuite incarcéré en attendant de comparaitre devant un grand jury vendredi. L’histoire a tout d’un scénario parfait d’une des nombreuses séries américaines que chacun d’entre nous regarde régulièrement à la télévision. Mais cette fois-ci , il s’agit bel et bien de la réalité.
Ces images sont d’une violence extrême pour l’œil européen où de telles pratiques seraient impensables et condamnées par la Cour Européenne des Droits de l’Homme.
Ce qui frappe en voyant les images de la comparaison du patron du FMI devant la juge de la Cour criminel de New York hier, c’est le silence du prévenu. Dans la procédure américaine, procédure accusatoire, il y a une dissymétrie dans l’information entre le parquet et la défense. Ce qui explique pourquoi DSK ne s’est pas défendu sur le fond hier au cours de l’audience préliminaire qui ne statuait que sur sa remise en liberté où nom (en France, cela correspond à la présentation devant un juge des libertés après le terme des 48h de garde à vue). L’on peut donc s’attendre à voir DSK croiser le fer dès vendredi avec le Procureur et la victime présumée.
Dans l’acte d’accusation présenté hier par l’adjoint du Procureur de New-York, acte particulièrement dur et détaillé (l'on y parle de féllation et de sodomie), plusieurs zones d’ombres existent et plusieurs questions doivent-être soulevées, on peut au moins en dénombré quatre :
1°) Comment peut-on défendre la thèse d’un départ précipité de DSK alors qu’il avait réservé son billet sur le vol 23 d’Air France à destination de Paris depuis 4 jours ?
2°) Pourquoi en cas de départ précipité DSK a-t-il pris la peine de faire son « check-out » du Sofitel où il séjournait ?
3°) Comment un homme accusé par une employée de l’avoir agressée et dont le service de sécurité de l’hôtel a été prévenu et a fait le 911 a pu quitter l’hôtel sans être retenu en attendant la police ?
4°) Peut-on croire qu’un homme qui aurait commis de tels faits et serait parti précipitamment prend la peine de prévenir l’hôtel où il séjournait et où les faits se seraient produits qu’il a oublié son GSM ?
A cela, s’ajoute une faille dans la première version de la police sur l’emploi du temps de DSK. Elle affirmait que les faits se sont produits (l’acte d’accusation ne laisse aucune place à la présomption d’innocence, il est d’ailleurs écrit au présent) vers 13h00, heure à laquelle DSK avait déjà quitté l’hôtel depuis au minimum 30 min (son check out ayant été fait entre 12h28 et 12h38) et qu’il était occupé à déjeuner avec sa fille qui réside à New-York. La police a par la suite rectifié l’heure du crime : la définissant à 12h00.
L’ensemble de ces questions et de ses failles devraient servir les intérêts de DSK, mais voilà nous sommes aux USA et dans un système accusatoire. Le parquet s’attachant à recueillir uniquement les éléments à charge , à la défense de prouver l’innocence du prévenu.
La thèse du complot est alimentée par ces zones d’ombres. On ne peut pas l’exclure naturellement. Il faut tout de même se poser la question de savoir à qui profite le crime. Si DSK serait effectivement tombé dans un piège, il est hautement improbable qu’il ait été orchestré pour l’empêcher de se présenter à l’élection présidentielle en France. Il avait déjà assez de casseroles que pour charger encore la barque (le fait qu’il soit juif, son rapport à l’argent, ses tendances séductrices avec les femmes). Par contre, dans cette hypothèse, il est hautement probable que l’on ait voulu le dégommer du FMI où il était fortement apprécié, notamment eu égard à l’impulsion qu’il donnait et à la politique de type keynésienne qu’il souhaitait mené pour réguler le capitalisme mondial. Et là, les pistes sont nombreuses.
Si l’on ne peut exclure que DSK se soit fait piéger, l’on ne peut non plus exclure qu’il ait commis ces crimes, ce serait alors très grave. Il appartient à la justice américaine de faire toute la lumière sur cette affaire. Mais le temps judicaire, le temps médiatique et le temps politique ne coïncident absolument pas.