Le monarque voyou

Publié le par Sébastien Delsanne

L’histoire est traversée depuis toujours de vagues de fond, de tendances profondes. Il y a des sentiments qui sont si forts, si puissants qu’il ne faut pas les exprimer sauf quand l’envie de les crier très haut et très fort se fait sentir. Il ne reste peut-être qu’un espoir, celui de l’alternance, du changement. Les 8 mois qui nous séparent de l’échéance seront long, l’envie sera forte, très forte et sa concrétisation quasi certaine.

Ce n’est pas tant une vague pour une autre formation politique, pour une autre partie de l’échiquier politique qui domine. C’est le ras-le-bol, la nausée, la surdose, le dégout et tout simplement le rejet de la majorité actuelle, de l’exécutif et principalement son chef qui prédomine, nourrit cette profonde envie de changement.

Il y a la crise bien sur, le rejet de la politique menée ensuite, mais surtout il y a les affaires. La victoire de la gauche aux sénatoriales ne faisant que souligné en gros trait que la rupture en le monarque est les français est définitivement consommée. L’un de ces symboles les plus fort, outre la perte du Sénat, se trouve à Gandrange, où à l’entrée de leur usine les ouvriers de la sidérurgie lorraine, qui crient à la trahison, ont élevé le 4 février 2009 une stèle sur laquelle ils ont écrit « ici reposent les promesses de N. Sarkozy faites le 4 février 2008 à Gandrange – Avec ou sans Mittal, l’Etat investira dans Gandrange ».

Le climat au sommet de l’Etat français est devenu délétère. « Chacun, ministre ou parlementaire, songe à son avenir et prépare l’après-Sarkozy. Et comme dans toute les fins de règne, on règle ses comptes. » souligne Carole Barjon dans Le Nouvel Observateur de cette semaine qui titrait en une « Les coulisses d’une fin de règne », cela en dit long de la part d’un hebdomadaire pas réputé pour être gauchiste.

L’unité de la grande maison de la droite, l’UMP, n’est aujourd’hui plus qu’une façade de plus en plus fissurée. Plus personne n’y croit vraiment, c’est devenu à tous les étages, de la section locale au Château, le sauf qui peut général. . Carole Barjon le souligne fermement « le champion de la droite décomplexée peut être fier : la droite est aujourd’hui tellement décomplexée qu’elle vote contre lui ».

Plus personne ne croit en la victoire en 2012. On prépare déjà 2017 faute de pouvoir présenter un autre champion (Juppé ou Fillon) qui accepterai de se sacrifier, ce sera donc Sarkozy. Or, un parti qui part battu n’a aucune chance de l’emporter. En mai prochain, ce ne sera pas nécessairement une victoire de la gauche, mais d’abord une défaite de la droite.

C’est une campagne bien différente de celle de 2007 qui est désormais devant nous. Elle sera d’abord rythmée par les affaires qui touchent la sarkozie en plein cœur et qui sont d’une toute autre ampleur que par le passé : de l’affaire des diamants de Bokassa qui avait couté sa place à Giscard en 1981 ou celles qui faillirent faire chuter Chirac en 2002. La sanction devrait-être sans appel pour l’auteur du désormais célèbre tryptique de 2007 « je ne vous mentirai pas , je ne vous trahirai pas, je ne vous décevrai pas » : viré ! Comme Marianne le soulignait la semaine dernière, « Nicolas Sarkozy a beaucoup trop tiré la fonction présidentielle vers le bas pour la rehausser en quelques mois de régime sec présidentiel. Surtout quand les affaires plus sordides les unes que les autres le rattrapent ».

La République irréprochable qu’il nous promettait est devenu avec lui digne des pires républiques bananières que le monde n’ait connu. L’affaire Betancourt, les mallettes, les fadettes, Karachi et bien d’autres ont comme point commun, comme pièce centrale Sarkozy. Celui que Marianne avait un jour qualifié de voyou de la République est aujourd’hui son premier bandit, sans gloire ni morale.

Nicolas Sarkozy a toujours servi son clan plutôt que la France, préféré la communication politique plutôt que cohérence, le débauchage plutôt que la ligne directrice. Comme le soulignaient Philippe Cohen et Alain Leauthier dans le 752e numéro de Marianne « Nul ne sais ce que l’histoire retiendra de Nicolas Sarkozy. Mais il restera le Président qui a élevé l’enfumage au rang d’art majeur. Un Machiavel de la com, un Mozart du plan média ».

Plus que le monarque, c’est l’ensemble de sa suite qui est petit à petit touchée. Woerth, Bourgi, Takiedine, Péchart, Squarcini, Djouhri hier. Hortefeux, qui doit dorénavant dire adieu à son rêve de devenir directeur de campagne de son mentor, aujourd’hui et Guéant demain. Les jours du Ministre de l’intérieur à Beauvau sont comptés, les affaires l’emporteront et l’Elysée fera sauter son ultime fusible, ce sera en tout cas présenté comme tel. L’argent n’a pas d’honneur, mais en ce moment autour du Boulevard Saint Honoré cela pue tellement que l’on s’en enfui.

Après seulement 4 ans et demi, l’ambiance est déjà à la fin de règne dont la panique et l’affolement sont  des caractéristiques intangibles. Nicolas Sarkozy avait un jour avoué qu’il ne croyait pas qu’il fera « plus d’un mandat ». Il ne pensait surement pas que cela serait une réalité.

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Publié dans Présidentielles 2012

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