Libye : la bataille est donc gagnée!
La Libye est dorénavant débarrassée de la dictature de son guide suprême. Elle n’est pas pour autant libérée. Les défis à relever sont immenses, probablement plus que celui de faire tomber le régime. Le ciel va vite s’assombrir et il faudra une volonté de fer pour parvenir au but final, à concrétiser les rêves communs des rebelles autour desquels la population libyenne s’est cristallisée, ceux de démocratie et de liberté.
Le ciment, le liant des responsables et des membres du CNT était la chute du régime de Kadhafi. Force est de constater que celui-ci a disparu. Il reste les valeurs, les principes, les idéaux de liberté et de démocratie. Mais ceux-ci auront du mal à résister aux ambitions, tempéraments, intérêts profondément différents des membres du CNT alors que celui-ci n’a aucun chef suffisant charismatique et rassembleur .
La guerre est gagnée donc. C’est une victoire diplomatique et militaire de Nicolas Sarkozy peut-on entendre un peu partout et ce jusqu’au sommet de l’Etat français. Une bataille est gagnée certes. Mais pas la « guerre » pour la démocratie et la liberté.
La bataille, le combat le plus important va seulement commencer. C’est celui de la construction de la Libye nouvelle.
C’est unifier un pays sans état divisé en centaine de tribus puissantes dont l’ensemble de la population vit dans une sorte de féodalité instaurée et entretenue par la Jamahiriya, système politique dont le colonel déchu était le guide.
C’est construire un état de droit avec en premier lieu la rédaction d’une constitution.
C’est faire émerger une société civile dans un pays qui n’en connait pas et qui n’a aucun tissu associatif.
C’est empêcher l’extrémisme et le terrorisme de prendre le pouvoir et le contrôle.
C’est à coup de boutoir faire avancer la démocratie et la liberté.
La chute du régime de Kadhafi était, pour pouvoir réaliser tout cela notamment, une condition essentielle mais pas suffisante. Avant tout, il faut éviter que le CNT ne se déchire, et donc n’implose. Ce ne sera pas une mince à faire. Cela sera encore plus criant quand il quittera son fief de Benghazi pour Tripoli, l’endroit légitime duquel il doit exercer son pouvoir.
Après le bruit des mitraillettes et des bombes , il faudra faire entendre le bruit et sentir le vent de la construction démocratique et être capable de faire gouter au peuple le goût de la liberté.
La tâche est donc immense, colossale. Les libyens auront besoin d’aide. Nous devrons répondre présent et ne pas faillir. Nous devrons les aider à long terme. Ce n’est pas un choix, c’est une obligation morale et éthique.
Le risque de voir remplacer le régime dorénavant tombé par une autre dictature est bel et bien présent. Il est même fort.
Nous ne pouvons perdre la bataille de la démocratie et de la liberté. Mais elle sera plus dure à gagner que celle qui vient d’être livrée et remportée. Et ce n’est seulement qu’une fois remportée, et pas avant, que nous pourrons affirmer que nous avons gagné le combat. L’affirmer maintenant est une erreur, c’est présomptueux et irresponsable.